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Requins à La Réunion

-une tragédie moderne-

Les Réunionnais et l’océan, l’histoire du surf dans l’ile.

(texte écrit (encore "brut") en 2013, réactualisé en 2015, faisant parti des parties complémentaires au livre non publiées à ce jour... Une bonne part des images d'époque sont extraites de cet album cliquez sur le lien)

Au début

L’isolement de la réunion, en dehors des routes maritimes traditionnelles, a fait que celle-ci a connu un peuplement tardif à la fin du XVIIe siècle. La plupart des autres îles dans le monde possèdent une population d’autochtones présentes depuis bien plus longtemps. Ces populations ont historiquement puisé une grande partie de leurs ressources et de leur culture dans l’océan, du fait de la présence de grands lagons, hospitaliers et généreux.

L'île de la Réunion ne correspond pas du tout à la représentation idyllique d'île tropicale, au climat doux avec des larges plages de sable blanc. La réunion est une île jeune. Son lagon est peu développé, sur à peine une trentaine de kilomètres de côtes, et se caractérise par une très faible profondeur.

La très grande majorité des côtes sont inhospitalières, les plages de gros galets se succèdent aux falaises abruptes. Il existe très peu d’abri naturel pour les bateaux ou pour les barques, et cette particularité a rendu encore plus difficile l'accès à l'océan.

Les conditions météorologiques océaniques sont très rudes dans cette partie sud de l’océan Indien, du fait d’une grande exposition aux flux australs. Selon la confrérie des gens de la mer, il y aurait eu plus de 200 naufrages autour de notre île. Ici, la mer y est souvent déchaînée, avec de la houle, des courants, et des vents d'une force et d'une régularité exceptionnelle. Ces particularités classent l’île parmi les meilleures destinations du globe pour les activités utilisant le vent, avec jusqu’à 250 jours par an pour les côtes nord et sud, les plus exposées aux alizées.

L’océan au fil de l’histoire a toujours symbolisé une certaine forme de souffrance, de nostalgie, associée à l’idée d’exil forcé, d’isolement, de déportation. Longtemps, tout ce qui venait de la mer était maudit et synonyme de mauvaises nouvelles pour le peuple : des maladies aux envahisseurs, en passant par des nouvelles impositions arrivant dans les bagages des gouverneurs. Les bateaux chargés d'esclaves arrachés de leur terre natale venaient eux aussi de la mer, renforçant ce rapport douloureux.

Enfin, les cyclones dévastateurs et redoutés achevaient de compléter ce cliché d’océan « maléfique ». « La peau du Diable, c'est d’ailleurs ainsi que les anciens marins dénommaient la surface de l’eau.

 En discutant avec un ami créole d’une soixantaine d’années, il me racontait les souvenirs de son enfance et les recommandations de sa maman. Celle-ci lui interdisait d’aller à la pêche en invoquant le fait que pour elle : « la mer c’est le diable ».

Le catholicisme est omniprésent dans la culture réunionnaise dès son origine, et la mer est présentée dans la bible comme un milieu « ténébreux[1]». Seul Jésus avait été capable de « calmer les flots » afin de marcher sur l’eau, et Moise « d’écarter l’océan » pour faire traverser le peuple hébreu.

 Cette vision a forcément influencé les perceptions sociales jusqu’au XVIII/XIX siècle, avant d’être reconsidérée progressivement. Il est fort probable que cette vision de l'océan a renforcé la crainte ancestrale du requin, « monstre marin » redouté ayant pris prenant une dimension quasi-mystique.

les ressources de la mer convoitées mais difficile d'accès

Ainsi, depuis toujours, les relations avec l’océan ont été difficiles pour les réunionnais. La pêche a malgré tout toujours fait partie de la culture créole, le réunionnais est très friand de poissons, même s’ils restaient difficiles d’accès. La religion catholique très présente, rend de surcroit cet aliment incontournable dans la perspective du repas du vendredi.

Paradoxalement, le comble pour les habitants d’une île, c’est que le poisson frais a été pendant longtemps un bien rare et recherché, le poisson séché d’importation telle la morue représentait une grande partie de la consommation locale.

 L’océan a toujours été synonyme de drames douloureux dans toutes les civilisations insulaires, et plus particulièrement ici. Les Réunionnais ont payé un lourd tribut à la mer en regard de la jeune histoire de l’île, et cela d'autant plus en considérant le faible nombre de téméraires qui osèrent l’affronter. La culture créole est particulièrement imagée à ce sujet, avec des histoires, des chansons, qui témoignent de ces relations douloureuses.

Ils sont nombreux les petits pêcheurs, encore récemment, à avoir payé de leur vie pour s’être adonné à leur passion, à vouloir aller « rod un ti carry » (chercher à manger) armé d'une canne à pêche. Nos côtes escarpées se caractérisent par une grande difficulté pour accéder à la mer. Les emplacements pour pêcher directement dans l’océan ne sont pas nombreux, et nécessitent souvent des talents d’acrobates pour y accéder. Dans ces conditions, perchés sur des promontoires de fortune glissants, de nombreux pêcheurs ont vécu tragiquement l’arrivée d’une vague plus grosse que les autres. Les entrées de houles étant souvent aussi brutales que conséquentes.

Les requins n'ont jamais été loin

Tout arrivait de l’océan, et tous ceux qui tombaient dans l’océan étaient susceptibles de finir entre les mâchoires d’un requin. Les cadavres des hommes décédés en mer étaient jetés aux squales, et il était connu que ces derniers suivaient parfois les bateaux pour profiter de leurs rejets. Les épisodes d’attaques de requins restaient cependant rares du fait de la faible fréquentation des eaux réunionnaises.

 Au-delà d’un lieu-dit dénommé cap requin situé à l’entrée nord de la zone balnéaire faisant mention historiquement d’une présence régulière de squales, les archives de l’île de la Réunion recèle un rapport médical faisant état de morsures de requins retrouvées sur un noyé retrouvé en baie de Saint-Paul de 21 juin 1770.

 Mais le témoignage le plus connu reste celui d’Henri Cornu, écrivain réunionnais qui racontait dans un courrier des lecteurs publié le journal « le Quotidien » du 15 juillet 1991 

"En 1913…/… un petit Malabar (on ignorait le mot Tamoul), bien habillé, coiffé d'un canotier, se pavanait sur le pont avec l'air d'un "ténor casser". Une brusque rafale emporta son canotier à la mer. Sans hésiter, le petit bonhomme enleva sa veste, ses souliers et sauta par-dessus la rambarde. Nous le vîmes ressortir de tout le buste en poussant un cri inhumain, puis il disparut et une grosse tache rouge se répandit sur l'eau. Il avait pour ainsi dire sauté dans la gueule d'un requin ! Quinze jours auparavant, un homme avait aussi brusquement disparu : il se baignait dans la mer devant la gare.

…/… Pour revenir au Barachois et au temps longtemps, il y avait toujours, au bout du pont, une chaîne munie d'un énorme "zin" enfoncé dans le corps d'un chien mort. De temps en temps, on prenait un requin, on le tirait sur la plage de galets ; il y restait deux ou trois heures, la gueule tenue ouverte par un morceau de bois. J'en ai vu plusieurs et puis assurer les amis lecteurs que j'ai toujours gardé beaucoup de respect pour leur denture : elle est effrayante. Il y avait beaucoup de requins à côté du pont du Barachois, parce que l'abattoir se trouvait devant le Gouvernement (l'hôtel de la préfecture) et déversait à la mer du sang et des morceaux de viande…/…Pour les boeufs reçus de Vohemar, de Tamatave ou de Tuléar, le cérémonial était autre. Les boeufs étaient attachés par les cornes autour des barques et pendaient à la verticale dans la mer. Il arrivait qu'en route un requin prélevât une patte ou deux…/…Quant aux boeufs blessés par les requins, ils étaient abattus immédiatement. Joyeusetés d'autrefois.

 L’auteur de ce texte précise aussi, « qu'autrefois, on ne se baignait gère qu'à Saint-Gilles et à Saint-Pierre à l'abri de la barrière de coraux ». Il avoue son étonnement aussi, en 1991 dans ce courrier faisant suite à une attaque mutilante, d’avoir vu « depuis une trentaine d'années environ, tant de gens plonger ou surfer sans accident n'importe où et à toute heure. Or l'année dernière un surfeur a été attaqué devant Sainte-Marie et, ces jours-ci, un autre l'a été à l'embouchure de la Ravine des Sables. Jeunes gens, attention ! ».

Une île de "non-nageur"

La réunion connaît une situation paradoxale pour des insulaires : ils ne savent peu ou pas nager. Cela se constate notamment chez les anciens, mais aussi chez les jeunes. Alors que dans les autres îles, les enfants apprennent à se débrouiller dans l’eau dès leur plus jeune âge.

Une étude de 1993[2], mené sur près de 300 collégiens d’un écart de St Paul (Guillaume), situé à une quinzaine de kilomètres de la côte, montrait que 92 % des enfants de 11 -13 ans ne savaient pas nager à cette époque. Le très faible nombre de piscines ne permettait pas le développement de l’apprentissage de cette activité. 

L'écrasante chaleur qui y règne la plupart de l'année donnait pourtant un attrait indéniable aux espaces aquatiques, mais la régularité des faits divers concernant à des noyades, aussi bien dans les nombreux bassins d’eau douce que dans l'océan, entretenait une certaine forme de crainte de la population locale envers l’élément aquatique.

  Il n’en demeure pas moins que tout comme en France, la culture de la baignade à l’île de la Réunion est relatée dès le XIXème siècle. « En témoignent les lithographies d’Antoine Roussin, publiées à partir de 1857 et représentant des scènes de bains de mer aux Roches Noires. Le tome III du Mémorial de La Réunion commente ces illustrations : « jusqu'alors, petit village de pêcheurs, Saint-Gilles voit arriver, avec la mode des bains de mer, ses premiers "touristes", mais ce sera le chemin de fer qui fera d'elle une station balnéaire très fréquentée. »
Le journal « Le Créole » confirmera en 1883 : « Aujourd'hui, Saint-Gilles est transformé ; toutes les habitations sont occupées et les baigneurs affluent ; le mouvement et l'animation règnent de tous côtés et les habitants de l'endroit peu habitués, regardent, surpris, cette population flottante et bruyante. »
Louis Laurent Simonin écrit en 1861 ou 62 : « Le petit village de Saint-Gilles (…) ne vit presque que de la pêche. En été on y prend des bains de mer, sans crainte des requins. ».
À l’époque, la zone était déjà réputée sure[3] ».

 Les plages de plein océan, dite sportives, resteront malgré tout principalement le territoire des métropolitains et des touristes, à la recherche de zones plus profondes pour pratiquer la natation et observer les fonds marins. Ces lieux n'ont jamais vraiment suscité un grand intérêt de la population locale du fait de leur dangerosité lié à la houle et aux courants, nécessitant une grande aisance aquatique.


Le lagon à l’inverse, a toujours été très populaire pour des rassemblements familiaux autour de pique-niques dominicaux. Il constituait un lieu privilégié permettant de faire trempette. Sa faible profondeur écartant le risque de noyade ainsi que le risque d'attaques de requins. Celui- ci restait cependant bien présent dans l'imaginaire créole. Il n'était pas rare, et encore moins de nos jours de voir les enfants dans le lagon « jouer au requin ».

 Ce n’est pas pour rien que, lors d’une discussion houleuse avec un groupe de surfeurs après la mort de Mathieu Schiller, la députée-maire de Saint-Paul avait dit : « dans le temps, les anciens nous disaient de ne jamais mettre un doigt de pied dans l’eau » (en dehors du lagon protégé).

Phrase fort de sens, qui renvoyait ces surfeurs « métropolitains » à leurs propres responsabilités, puisqu’ils n’auraient pas su respecter la tradition et tirer profit des conseils des locaux. Elle avait fait ressurgir la vision traditionnelle d’une « maritimité » ancestrale, qui s’opposait à la conception de nos sociétés modernes ayant associées l’océan aux loisirs.

Ses propos maladroits pouvait ainsi été considéré comme « édifiants[4]» car sous-entendaient que 50 années de développement nautique étaient d'une grossière erreur à l’île de la Réunion, et que les activités nautiques n'avaient aucune raison d'être ?

 Ainsi, au-delà de certaines pratiques minoritaires, la jeune histoire de notre île peut s’est caractérisé par travers une expression communément établie : « le Réunionnais a depuis toujours tourné le dos à la mer ».

La Réunion était destinée à devenir un grenier français dans cette zone de l’océan. Ce sont des agriculteurs qui ont composé le gros des immigrants, faisant des réunionnais un peuple de la terre, comme en témoigne le passé historique des plantations de café, d’épices, et de canne à sucre. Ici la culture de l'océan est insignifiante si on la compare avec celle qui existe dans la plupart des autres îles, notamment polynésiennes. Là-bas l'océan hospitalier et nourricier est vénéré, il symbolise la vie, chez nous à l’inverse il est redouté.

 Historiquement, certaines régions côtières, parmi les plus abrités, ont depuis longtemps abrité une petite communauté de pêcheurs. De Terre Sainte à Saint-Pierre, à la baie de Saint-Paul en passant par le lagon de Saint-Gilles. Les premières traces d'activités nautiques populaires date de 1881. Des courses de chaloupe à voile et de pirogues de pêche étaient organisé dans la rade de Saint-Denis, et attiraient une foule nombreuse[5].

L'océan domestiqué... mais par des "zoreils"

 Mais c’est avec l’arrivée progressive des Français de métropole suite à la départementalisation de 1946, que l’on assiste à une véritable introduction de la culture des loisirs et en particulier celle des loisirs nautiques[6].

Ce sont des chasseurs sous-marins qui vont se lancer en premier dans la grande aventure de l’exploration subaquatiques des fonds réunionnais. Ils ont aussi contribué à l’arrivée de la plongée avec les premiers scaphandres introduits en 1952. Les premiers dériveurs à voile font leur apparition dans les années 1950.

L’océan devient progressivement un domaine plus intéressant et plus convoité à la Réunion.

Ces caractéristiques de nos flots tumultueux, handicap initial, devinrent au fur et à mesure un véritable atout pour les passionnés d’activités nautiques.

 

 

Pour le surf, ce sont des touristes sud-africains de passage dans notre ile qui ont introduit cette activité pour la première fois sur nos plages, et ont suscité la curiosité des premiers surfeurs locaux. Peut-être étaient-ils de passage, en route vers la mythique « ile de Santocha », l’île Maurice voisine, dont la gauche légendaire de tamarin faisait rêver les surfeurs hippies du monde entier des années 1970. Cette vague s’inscrivait dans la quête spirituelle ultime de la « vague parfaite », et fit même l’objet d’un film culte de la culture surf, « forgotten island of santosha » en 1974.

 Le plus emblématique de tous ces pionniers du surf local s’appelle Ery courtois, plus connu sous le surnom de « Tarzan ».  Il a sept ans, en 1967, quand accompagné de ses parents au roches noires il découvre émerveillé ces hommes qui marchent sur l'eau. Il réussit à obtenir une initiation en leur compagnie, et c’est le début d'une passion qui ne le quittera plus jamais.

 Les premières planches sont troquées avec les étrangers de passage, qui campent le plus souvent sur place, et le surf balbutiant se développe ainsi la partir de la plage des roches noires à St Gilles, propice à l'apprentissage pour les jeunes du coin.

 Saint-Gilles dans les années 70 est un lieu de villégiature pour la communauté des créoles descendants pour la plupart des familles de colons blancs. Le niveau culturel de ces familles bourgeoises leur permet de communiquer en anglais, de voyager et de ramener les planches. Les trois premiers à posséder des planches étaient Dillac, Moixdelacroix et Frappier.

Dans leur sillage se développe une véritable petite communauté de surfeurs à partir de Saint-Gilles. Ces pionniers se nomment Fraise, Fanuschi, Hubert Delisle, Théveneau, Lallemand, Lustrat, Demeautis, Arnaud, De Sigoyer, Dumesnil, Vergoz, etc.

Quelques anglo-saxons s’installent aussi du côté de St Leu, avec Gordon Smith, un néo-zélandais qui tombe amoureux de notre ile et aussi Mick Asprey, alias « Mickey rat » qui développera la fabrication locale de planches dès 1987.

Ces précurseurs vivaient une véritable passion autour de l’océan, passant des journées dans l'eau, allant jusqu'à emmener des bouées au large pour pouvoir manger sur place. Ils n’hésitaient pas même parfois à surfer la nuit à la lueur des phares de voitures.

 Ils étaient pour la plupart devenus des véritables « watermen » (hommes de la mer), dont la présence régulière sur les plages contribuera à sauver de nombreuses personnes de la noyade.

L'âge de gloire du surf Réunionnais

Le premier club a été fondé en 1980, le « maddoi’s team », a visé plutôt élitiste. Le surf n'est pas au départ un sport que l'on souhaitait forcement faire partager.

 La pratique s'institutionnalisera cependant avec la création du boucan surf club en 1983, sous l'impulsion de Maxence Delagrange, qui deviendra le premier président de la ligue de surf créé en décembre 1984. Le hasard a voulu qu'il fût CPE dans mon collège à Saint-Paul à cette époque. Voyant que j'avais « mordu » à cette activité, il m’avait incité à me licencier dans son club, et m’emmena participer à mes premières compétitions dès 1986.

Le surf réunionnais a commencé à connaître une période de gloire. L'accessibilité et la facilité de nos vagues a permis de développer rapidement une génération de talent qui représentera la France jusqu'au championnat du monde. Des 1985, les Réunionnais commencèrent à dominer les championnats de France dans toutes les disciplines associées à la pratique du surf.

Le niveau en France était encore modeste, et la pratique plutôt confidentielle du fait de la rudesse des conditions de surf associée à l'eau froide. L’arrivée des combinaisons isothermes plus légère permettra à la France de rattraper son retard au cours des années 1990.

En 1988, la délégation de l'équipe de France pour les championnats du monde à Porto Rico était composée à moitié de réunionnais. La qualité de nos vagues a commencé à être reconnu dans le monde entier, à tel point que des 1991, la Réunion accueillera son premier championnat du monde sur la mythique gauche de Saint-Leu.

La réunion devint alors un lieu de passage de la caravane du tour professionnel, en surf mais aussi dans les disciplines associées. Fort de cette dynamique, le surf local se structure et le premier « centre d’entraînement permanent » voit le jour à cette époque encadré par Christophe Mulquin pour le surf, et Patrick Florès pour le bobyboard.

 Le niveau de nos surfeurs locaux était loin d'être ridicule. Le jeune Fréderic Robin prend le titre de champion du monde espoir à Bali en juillet 1991, et l’école réunionnaise s’impose comme la référence du surf en France, en trustant le championnat de France de 1991 à Mimizan.

 Anne-Gaëlle Hoareau, surfeuse locale renommée, aura réussi l'exploit de remporter le « Yop pro réunion » en 1992, devançant le gratin mondial féminin dans des conditions particulièrement épiques. En 1996, un tout jeune bodyboarder du nom de Mathieu Schiller bousculera l'ordre établi en battant le champion du monde en titre, Mike Stewart, lors d’une compétition internationale à Saint-Leu.

 Selon ombre au tableau dans ce décor idyllique, les attaques de requins, qui commencèrent à défrayer la chronique dès la fin des années 1980. A l'époque, les houles cycloniques étaient synonymes de vagues attractives, d'autant qu'elles arrivaient en été, saison plutôt calme en vagues. Nous avions tous pris l'habitude de surfer dans ces conditions depuis toujours, avec un risque plutôt acceptable.

Les vagues de la baie de Saint Paul connaissaient une popularité importante à cette époque, de même que celles situés au Port, à la Possession et dans le nord de l'île.

Les particularités de la houle cyclonique, de secteur nord, font que ces spots habituellement impraticables se mettent à devenir particulièrement attrayants à cette occasion. La côte nord-est regorge de baies et pointes propices à ce type de houle. Une compétition avait même été organisée en 1988 à Saint-Benoît. Nous savions tous que c’était des endroits réputés pour la présence de squales, mais l'absence d'attaque nous donnait un sentiment d’invulnérabilité, malgré une appréhension forcément présente.

1989, la prise de conscience des zones à risque

En une fin d’après-midi de juillet 1989, lors d'une session à Sainte Suzanne, Bruno Giraud décédera suite à une attaque. Dionysien, habitué de boucan canot, il était un jeune espoir charismatique du surf local, doté d’un style particulièrement agressif.

Ce premier drame sera un choc pour l'ensemble de la communauté surf de l'ile et une véritable prise de conscience de la dangerosité de certaines zones déjà réputées. Ces zones d’ailleurs devinrent par la suite les unes après les autres les théâtres d’autres drames.

 La quasi-totalité de notre communauté a appris à partir de ce jour-là à bannir totalement les lieux de pratique sauvages et réputés ou le danger était avéré.

Par la suite et durant plusieurs années, le "Bruno Giraud Contest" fut organisé par ses amis à Boucan Canot à chaque date anniversaire pour rendre hommage à ce véritable personnage de la glisse. C'était devenu au fil des éditions une manifestation extrêmement populaire, un vrai festival avec des concerts durant trois jours sur la plage. Puis, elle finit par s’arrêter après quelques années, victime de son succès, n'étant plus possible de contenir les débordements d'une telle foule dans un espace aussi ouvert.

 Ainsi, en intégrant progressivement le risque requin, à travers l'évitement des zones isolées et/ou dangereuses, la pratique du surf s'est développée essentiellement de la côte ouest à la côte Sud. C’était la Belle Époque du surf, les compétitions sur la plage, notamment de Boucan, attiraient toujours par une foule nombreuse, les épreuves internationales se succédaient, développant la vitrine sportive que constitue cette pratique dans notre île.

Un localisme inévitable

 La Réunion acquit ainsi une notoriété à travers le monde en tant que destination surf. A tel point que suite à un trop grand nombre d'événements organisés à la fin des années 1990, certains locaux finirent par mettre un frein aux ardeurs du « surf bisness », qu'il considérait à juste titre comme préjudiciable pour leur tranquillité à l'eau.

 L'appropriation de cette activité sur le spot de St Leu par un groupe surfeurs créoles du coin peut être considéré comme une constance, qui se retrouve dans toutes les régions du monde.

Et la Réunion n'était bien évidemment pas en reste. L'attraction exercée par ces vagues de niveau mondial débouchera inévitablement sur des problèmes de surpopulation.

Le localise des surfeurs réunionnais, bien que régulièrement critiqué, se situe plutôt dans une moyenne. Il est même bien moins virulent que dans de nombreuses autres régions du monde.

On peut considérer qu’il s’agit d’une forme de préservation, de régulation, pour faire face à une popularité croissante d’un lieu, qui deviendrait vite ingérable.

C’est un processus territorial primaire, que l'on peut qualifier de naturel, qui existe chez la plupart des espèces vivantes. Ce type de comportement se retrouve dans la toutes des activités sportives ou l’espace de pratique n’étant pas extensible, génère des tensions et conflits entre usagers.

Forcément dans nos sociétés civilisées, cela ne peut pas plaire à tout le monde, surtout quand on en du côté des victimes. Mais qu’on aime ou qu’on n'aime pas, cela fait partie du décor.

 A côté ces considérations matérielles, on ne peut cependant pas ignorer que « le surf est historiquement un sport d’origine bourgeoise et aurait de ce fait la fâcheuse tendance à privilégier le communautarisme (Guibert 2007). Le localisme étant la version paroxystique de ce penchant (maillot 2006)[7] ».

L’ethnicisation des pratiques nautiques présente des l'origine

Activité élitiste ethnicisée au départ, un public local plus modeste s’est parallèlement approprié l’océan en tant que loisir, principalement à Saint-Leu, l’Etang Salé et Saint-Pierre, mais aussi dans des régions plus excentrées comme Saint-Benoît et le Port dans les années 1990. L'essor du bodyboard dans ces années-là n'y est peut-être pas étranger.

Plus accessible que le surf financièrement et techniquement, cette activité pourrait avoir permis de dessiner « une esquisse de démocratisation qui commence à intéresser la population créole », qui pourrait permettre aux représentations associées à cette pratique de ne plus s'inscrire « aussi systématiquement dans des oppositions d'ordre ethnique[8]».  

On peut considérer, que le développement de la pratique du surf dans les couches populaires de la société réunionnaise aura permis à celle-ci de se rapprocher de l’océan, pourtant redouté historiquement. En 1993 déjà, 35% des surfeurs interrogés sont nés à la Réunion22, et ce chiffre a vraisemblablement augmenté depuis. Le regard des réunionnais sur l'océan a évolué au cours de ces 30 dernières années, et de la démocratisation des activités nautiques et notamment du surf et du bodyboard y aura contribué.

Le surf Réunionnais à son apogée

Le surf local poursuivra son bonhomme de chemin, et c'est avec Jérémy Florès que la Réunion sera reconnu en tant que haut lieu du surf à part entière dans les années 2000.

Ce sportif a été en contact avec l'océan dès son plus jeune âge, à Boucan canot où il habitait devant la plage. Pris en charge par son père, Patrick, ancien entraîneur de la ligne de surf devenu entraîneur national par la suite, et repéré par quicksilver, il partira vivre dès l'âge de 11 ans en Australie pour se perfectionner. Son parcours exceptionnel, ses victoires dans plusieurs compétitions internationales, feront de lui le surfeur français le plus titré de tous les temps.

Ce véritable prodige aura contribué à populariser l'image du surf réunionnais à travers la planète, devenant ainsi un véritable ambassadeur pour notre île. En tant que multiple champion, il deviendra un des ambassadeurs sportifs de l’île, au service du tourisme local.

 Il aura ainsi à lui seul contribué à développer l’image de notre territoire à vagues, à travers ses passages innombrables dans la presse, ses exploits sportifs, et même une série documentaire consacrée à sa carrière, notamment lors de sa première saison professionnelle. Il avait fait sensation à ce moment-là en devenant le plus jeune surfeur du circuit professionnel en 2007.

 Ainsi, en deux décennies, la réunion est passée du statut d’une île folklorique de « froggies[9] », à celle d’une terre de champions, une véritable de « Nation du surf », avec une reconnaissance de la qualité exceptionnelle de nos vagues et de nos filières de formation

 La Réunion est régulièrement classée parmi les 20 meilleures destinations au monde en termes de qualité et de quantité de vagues.

Un océan redouté... devenu providentiel

 Grâce au surf, l'océan tumultueux qui jadis était un handicap s'est transformé en un véritable atout, capable de promouvoir l'image touristique de l'île au plan international.

 C'est un parfait exemple de la mise en valeur d'un patrimoine physique à travers le développement d'une activité sportive de pleine nature.

 Et quand l'on sait que le tourisme est considéré comme le principal moteur de l'activité économique de l'île, on comprend l'importance des enjeux qui étaient associés au développement de cette discipline[10].

Et aux instances dirigeantes ne s'y étaient pas trompés, les politiques de développement touristique ont investi le surf dès les années 1990, aussi bien en soutenant le développement des compétitions, qu'en utilisant cette image particulièrement attractive dans les campagnes de publicité visant à vanter les atouts de notre île.

 Ces gros événements internationaux ont permis de faire connaître la Réunion à travers une pratique dont les membres possèdent un fort pouvoir d’achat. L'impact de ce type de communication est bien plus important qu'une campagne de publicité classique, ce qui renforcera l’intérêt de ce type de stratégie au fil des années.

 L’attractivité générée par nos conditions de pratique exceptionnelles qui constituait un atout majeur, permettant de gommer les contraintes liées à l’éloignement, au coût du billet et au coût de la vie sur place, qui sont, il faut le préciser, les trois principaux handicaps de notre développement touristique.

 Enfin, l’évolution des représentations des acteurs locaux mais aussi de la population, vis-à-vis de la mer comme de la montagne a certainement favorisé ce processus de diffusion. « Hier pensés comme des lieux inhospitaliers et dangereux, ils sont progressivement devenus des espaces récréatifs et des territoires à valoriser. Ces activités dépassent aujourd’hui les frontières du sport pour s’inscrire dans l’univers des loisirs et du tourisme[11].

De l’île à grand spectacle dans les années 90, le développement des activités à de pleine nature a orienté les politiques touristiques à développer le concept « d'île intense », autour de ces activités à fortes sensations, extrêmement porteuses en termes d’image. « Conscientes de ce potentiel exceptionnel, les collectivités locales sont de plus en plus sensibles aux multiples enjeux que ces sports représentent pour l’île de la Réunion[12]». Dans les hauts, de nombreuses activités se sont développées en exploitant la richesse de nos montagnes, parapente, canyoning, randonnée, course de montagne, etc. Dans la perspective d’un développement « équilibré », les institutions avaient la nécessité de développer le patrimoine côtier.

 Le surf s’inscrivait à ce titre dans les grands axes des politiques développementales de l’ile, aussi bien à travers le « schéma nautique régional », que dans le « schéma de mise en valeur de la mer », tout 2 intégrées au Schéma d’Aménagement Régional de 2004[13].

 Le développement de ces activités de nature ne pouvait s'envisager que dans une perspective de développement durable, en tenant compte des spécificités locales. Comme le rappelle le chapitre 17 de l’agenda 21 (Rio de Janeiro 1992), « les îles présentent des problèmes spécifiques sur les plans environnemental, économique et social ».

 Les craintes ont toujours été nombreuses sur l’avenir socio-économique de la Réunion

Que la crise requin n’aura pas arrangé les choses en coinçant notre île entre les conséquences touristiques désastreuses des attaques et les craintes environnementales autour d'une gestion efficace de ce risque, passant par une régulation.

On pouvait lire au début des années 2000 dans la conclusion d’une étude dédiée aux sports de nature : « En effet, si une grave crise sociale venait à se produire ou si le patrimoine naturel de l’île était trop dégradé, c’est toute l’île de La Réunion qui s’enfoncerait dans les profondeurs de l’Océan. Le développement des pratiques de loisirs et de tourisme sportif de nature doit donc se faire de manière raisonnée et harmonieuse, en accord avec les ressources et les contraintes du contexte insulaire local. La relation entre les sports nature et le développement durable n’est pas simple, car elle obéit au bon vouloir de plusieurs acteurs dont le travail en synergie est plus que jamais nécessaire pour aller dans le sens d’un développement durable viable[14]».

Dix ans après, on se rend compte que cette problématique écologique est plus que jamais au cœur des débats : la pérennité d'une activité de pleine nature comme le surf se heurte au final, au moins de façon symbolique, à la préservation de la nature elle-même, et l’harmonisation entre les différents acteurs restent toujours aussi difficile.

Les requins faisant partie du « patrimoine naturel sauvage » de l’île, l’invocation de la reprise de la pêche en tant que solution est forcément mal perçue par une partie de l'opinion, d'autant plus que cette proposition apparaît comme émanant d'une « ethnie blanche » accusé de vouloir « coloniser l'océan », après avoir colonisé les terres. Et l’instrumentalisation d'une situation singulière donnera naissance à une véritable zizanie qui conduira à faire resurgir un racisme plutôt malsain.

 Alors que l’on a toujours craint un impact de activités humaines sur la nature, c'est au final la protection de celle-ci qui aura fini par impacter le développement de l’île, allant dans le cas de surf jusqu'à hypothéquer de façon sérieuse toutes les perspectives d'avenir.

La poursuite de cette activité ici pourtant écologique par excellence, semble s'opposer directement à la sauvegarde de la nature. C'est une problématique moderne qui pose la question de l’avenir pour ces activités qui nécessiteraient certaines concessions sur le milieu naturel. En attendant, le bleu de la mer et le vert des montagnes saturent toujours les logos touristiques de la Réunion, dans le cadre d’un équilibre qui commençait tout juste à se constituer entre ces 2 pôles d’attractivités, et que cette crise requin semble avoir rompu à tout jamais.

La descente aux enfers du surf et de l'océan récréatif à la Réunion

C’est ainsi le directeur de l’Ile de la Réunion Tourisme (IRT), a déclaré au lendemain d'une attaque mortelle, le 24 juillet 2012 en conférence de presse : « il y a aura forcément une incidence sur l’image de l’île, c’est logique, mais au-delà de l’image, c’est pour nous, IRT, la certitude que l’on ne va plus communiquer sur cette cible surf à la réunion car le problème persiste ». Il se sera rapidement repris sur ces propos maladroits tenus à chaud : « je n'ai pas dit qu'on ne communiquera plus sur le surf comme atout touristique de la Réunion, il faut simplement communiquer d'une manière différente ».

 En 2015, le surf a fini par être banni totalement de la communication de cette institution alors que qu’à peine quatre années auparavant, nos champions de surf avaient été nommés ambassadeurs touristiques. Désormais, l’île communique plus que sur la plongée sous-marine et les sorties en bateau pour observer les baleines. Mais ont-ils pris en considération le fait que si les attaques se poursuivaient, même la plongée n’en réchappera pas ?

 La force des émotions suscitées lors d'une attaque sur un être humain dissuade, et dissuadera toujours tous les candidats au voyage. La sécurité reste un des critères essentiels dans le choix d'une destination de vacances et l’image d’une île tropicale sans un océan accueillant ne peut pas fonctionner

 Dès la toute première attaque en février 2011, j'avais alerté cette institution sur la nécessité de soutenir les démarches de réduction du risque, mais il n'en sera rien. J'ai compris plus tard pourquoi : 2012 allait être déclarée comme l'année de la biodiversité par la région Réunion, il apparaissait inconcevable de soutenir initialement une sécurisation par la pêche d’un des nouveaux emblèmes de la nature dans un tel contexte.

200 millions d’euros venaient juste d’être investi pour agrandir l’aéroport de Gillot an vue d’accueillir l’A380 pour faciliter l’afflux de touristes. Mais même le budget important de l’IRT, via la Région, d’une quinzaine de millions par ans, ne pouvait rien face aux attaques de requins, et l’objectif affiché de 600 000 touristes en 2015 été devenu plus que jamais illusoire.

Nous aurons au contraire connu une baisse de plus de 50 000 touristes pour les années 2012 et 2013 dont 70 % imputables directement à la crise requin selon les spécialistes, anéantissant l’impact de l’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco en 2010.

Le très populaire guide du routard, comme tous les autres guides, a consacré 2 pages dans son édition 2013 au risque requin à la Réunion associant pour de longues années notre île à ce danger, qu’il n’est plus possible de passer sous silence.

La Réunion était connue comme une des meilleures destinations au monde pour le surf, cela parait absurde de voir un tel patrimoine gâché. La réputation de notre île n’était plus à faire, nous étions enviés par la plupart des autres communautés tant nos conditions étaient idéales.

Si l’on compare avec l’essor du surf en Atlantique, comparable modestement avec celui du ski, on se rend compte que là-bas ils ont fait de l’or avec des conditions de vagues bien moins idéales. Nous avons évolué à contre-courant de l’incroyable essor du surf en France.

 La Réunion avait tout pour devenir une sorte de prolongement naturel, véritable « eldorado » pour ces dizaines de milliers de touristes découvrant cette activité chaque année sur les cotes d'Aquitaine. Et là que nous reste t’il ?

Même nos champions locaux se sont exilés en Australie, en Aquitaine, partout ailleurs pour échapper à la tentation de se mettre à l’eau avec un tel risque.

 Plus aucune compétition internationale n’est organisée, alors que cela représentait jadis une fantastique vitrine pour la Réunion. Les autres disciplines ne sont pas épargnées, avec une étape du championnat du monde de funboard a été annulée en septembre 2012, pour cause de risque requin.

 Nous aurons été témoins d’un glissement inexorable vers l'arrêt de la pratique des loisirs nautiques et du surf à la Réunion, entériné par l’arrêté d'interdiction « provisoire » le 26 juillet 2013 dont les prolongations successives laissent augurer peu d’espoir pour l’avenir.

L'océan à raté son épreuve d'acculturation: les requins ont été plus prompts

 Ainsi, la culture nautique avait réussi à se développer ces dernières décennies pour devenir une réalité chez nous, une véritable maritimité moderne. La massification de l'enseignement de la natation[15] avait sûrement contribué en grande partie à cette évolution

J’ai pu constater que les activités nautiques, et en particulier le surf, commençaient même à être plébiscité dans le cadre des activités proposées par les centres de loisirs aux jeunes créoles, à la fin des années 2000 durant la période précédant la « crise requin[16]». 

Cette orientation de leur choix vers les loisirs aquatiques constituait un signe révélateur d'une évolution des mentalités vis-à-vis de l'océan pour les jeunes générations.

Le surf réunionnais pourra continuer à briller encore quelques années, le nombre de champions locaux déjà formés, et vivant hors du département, condition indispensable pour pouvoir s'entraîner significativement, est encore assez élevé. Mais nul doute qu'après cette dernière génération de champions, la participation des Réunionnais dans les compétitions internationales sera réduite à zéro. Alors que les réunionnais pouvait représenter jusqu’à 50 % des équipes nationales durant 2 décennies, en juin 2013, il n’y en aura pas un seul dans la sélection représentant la France au championnat du monde junior.

Début 2014, le champion d'Europe en titre, capitaine de l'équipe de France a placé la vague de Saint-Leu à la Réunion en tête de liste des destinations où il ne retournera plus jamais[17].

 En novembre 1013, c'est un grand magazine américain qui aura classé également classé la vague renommée de Saint-Leu parmi les 5 destinations qu'il faut désormais oublier pour le surf, tant notre dangerosité et l'impuissance des autorités sont reconnues à l'internationale[18].

On ne compte plus les parutions négatives sur notre destination. Les espoirs quittent de plus en plus jeune la Réunion et finiront par ne plus s'identifier à notre île à force d'avoir vécu ailleurs, ou parce qu'il ne restera plus aucun club de surf pour leur délivrer des licences...



[1] Un chapitre suivant traite du « surf et christianisme ».

[2]  « Aspects du sport à la réunion », Châteaureynaud, Lapierre 1996

[3] Extrait de : « La Réunion, son océan : connaissances et guide pratique » 2014, collectif les « dalons de la mer » voir ici un lien http://www.zinfos974.com/Les-Reunionnais-et-l-ocean-une-histoire-plus-ancienne-qu-il-n-y-parait_a63566.html

[4] Sébastien Guiltat, extrait d’une interview réalisée par « sportsnature.org », site internet www.virtualburo.fr, rubrique : « entretien du réseau ». Auteur d’une thèse intitulée : « Le rôle des sports côtiers dans le développement territorial de l’ouest de la Réunion : entre nouvelle maritimité et jeux d’acteurs », soutenue le 21 octobre 2011, université de la Réunion.

[5] ) Revue « Le Moniteur », 17 janvier 1881

[6] les activités de pleine nature comme le surf, ne sont pas en accord avec les logiques plutôt « énergétiques », avec une mise en valeur de l'effort physique, qui prédominent historiquement dans les cultures populaires, tel la culture réunionnaise. Ainsi, la randonnée sportive, la course de montagne, suscite plus facilement l’engouement de la population locale. Tout comme les sports collectifs plus en accord avec la culture chrétienne qui prône l’effacement au profit de la masse plutôt que la pratique/réussite individuelle. Ces résultats confirment les écrits d’André Lapierre (1999) qui révèlent « l’enracinement spécifique de certaines activités physiques dans la culture créole et notamment les épreuves énergétiques ». Ils rejoignent aussi les conclusions de Patrick Bouchet (1999) selon qui : « le groupe créole est davantage représenté dans les sports d’affrontement direct à dominante énergétique ou de force, dans lesquels les idéologies traditionnelles et communautaires s’expriment ».

[7] Cité dans « Le risque requin, mise en risque de la pratique du surf à la réunion » Marie Thian-bo Morel, revue STAPS n°99, « De l’incertitude à l’incertain » mars 2013.

[8] Le surf étant déjà considéré dès le départ comme une activité réservée aux « blancs et aux zoreils ».

Op.cit.2 « Aspects du sport à la Réunion », Châteaureynaud, Lapierre 1996

[9] les Français sont appelés ainsi dans le milieu du surf professionnel en référence au fait qu'ils consomment des grenouilles. Cet usage gastronomique a toujours étonné les Anglo-Saxons.

[10] Etude de Saint-Pierre portant sur la réduction du risque de requins 2007. Extrait : « Selon le rapport effectué par la SDATR (Schéma de Développement et d’Aménagement touristique de la Réunion) du 30 octobre 2002, le tourisme se présente comme le meilleur potentiel de création de valeur ajoutée et d’emplois, et produit des effets d’entraînements significatifs sur le développement local et la mise en valeur du territoire ».

[11] Source dossier INSEE Réunion troisième trimestre 2004 « le tourisme sportif, un marché en croissance »

[12] op.cit. 11

[13] « Analyse des enjeux des loisirs et du tourisme sportif de nature dans le développement durable de l’ile de la Réunion »., Olivier Bessy, Olivier Naria, 2003

[14] Op.cit. 13

[15] Le savoir nager pour les élèves de sixième est une priorité académique depuis 15 ans, dans le cadre d’une politique généralisée d’enseignement de la natation.

[16] L'activité surf connaissait un franc succès auprès des jeunes qui fréquentaient les centres de loisirs de la commune de Saint-Paul et s’était considérablement développée au point de devenir une des activités phares auprès des jeunes créoles entre 2003 et 2011, avant de connaître un arrêt définitif du fait de la crise requin.